Mon frère...


LIBERATION - 1985  11/06/2006

SULAK ASSASSINE...

LIBERATION - 1985
N'EN JETEZ PLUS

Moi, Sulak et moi…

L'œil est sec, pas de vrai chagrin , le pincement au cœur est muet et froid comme le béton de Fleury. Et pourtant tu es mort ! Le 14 mars dernier, nous avions été transférés ensemble. Le Palais de Justice de Paris en état de siège…Sous le regard inculte et soupçonneux de la marée chaussée, nous avions conversé sur les livres, les auteurs, les méthodes d'écriture…Je te percevais intérieurement triste, trempé dans le courage, la sensibilité du cœur, l'intelligence et fondamentalement « libre » - EUX, leurs mains sales sur toi – EUX et la mort…

Après nos derniers sourires, ils t'ont fait sortir du dépôt avant moi et t'ont demandé d'enlever tes baskets, t'ont fouillé – tu les as laissé faire, le regard ailleurs, leur manifestant sous cette forme décontractée que tu n'habitais pas ce monde et puis les menottes, ton départ, tes dernières paroles où m'obsède l'écran de la vision : « Salut ! Roger…allez, tiens bon, ils seront obligés de te mettre dehors, on les aura… »

A l'étage du dessus un type, une voix est sortie de la cage « Salut Bruno ! »
Tes derniers compagnons de Fleury, Philippe, pierrot, Momo, Patrick, Kiou, Dédé, Alain, Manu, Jean-pierre, Pierrot sont blancs de rage et assommés d'impuissance. A l'intérieur des murs, on sait les coups de crosse, les coups de ra,ngers, les mains matonnes qui t'ont déséquilibré t précipité dans le vide. On sait L'ASSASSINAT ! Légal !

De tes cris, d'autres plus anonymes. Bruno, tu détestais la violence…Mais leur violence à eux t'a arraché la vie…

Le Garde des Sceaux a félicité les agents de cette larve sécuritaire. Le big humaniste a supprimé la guillotine tout en étant meilleur bourreau. Des suicides, des morts faute de soins, la montée de la frénésie répressive : il totalise les chiffres records…Mieux que ses prédécesseurs depuis 1945. Enfin, il cautionne, il félicite.

Je sais, on n'était pas d'accord, ta critique était plus modérée. Mais tu vois, je te parle encore et tu ne risques plus de me répondre…

Bruno Sulak, le charmant, Bruno Sulak, l'écrivain talentueux. Est-ce la vie qui continue ? Est-ce la mort ? En attendant, adieu…Adieu l'Ami !

ROGER KNOBELPIESS

Pauline Sulak, le 11/06/2006 à 23:29 | Permalien | Commentaires (0)



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